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Une Promenade

Posted 3/2/2016 6:13pm by Eugene Wyatt.

Comme la promenade du côté de Méséglise était la moins longue des deux que nous faisions autour de Combray et qu’à cause de cela on la réservait pour les temps incertains, le climat du côté de Méséglise était assez pluvieux et nous ne perdions jamais de vue la lisière des bois de Roussainville dans l’épaisseur desquels nous pourrions nous mettre à couvert.

Souvent le soleil se cachait derrière une nuée qui déformait son ovale et dont il jaunissait la bordure. L’éclat, mais non la clarté, était enlevé à la campagne où toute vie semblait suspendue, tandis que le petit village de Roussainville sculptait sur le ciel le relief de ses arêtes blanches avec une précision et un fini accablants. Un peu de vent faisait envoler un corbeau qui retombait dans le lointain, et, contre le ciel blanchissant, le lointain des bois paraissait plus bleu, comme peint dans ces camaïeux qui décorent les trumeaux des anciennes demeures.

Mais d’autres fois se mettait à tomber la pluie dont nous avait menacés le capucin que l’opticien avait à sa devanture ; les gouttes d’eau, comme des oiseaux migrateurs qui prennent leur vol tous ensemble, descendaient à rangs pressés du ciel. Elles ne se séparent point, elles ne vont pas à l’aventure pendant la rapide traversée, mais chacune tenant sa place attire à elle celle qui la suit et le ciel en est plus obscurci qu’au départ des hirondelles. Nous nous réfugiions dans le bois. Quand leur voyage semblait fini, quelques-unes, plus débiles, plus lentes, arrivaient encore. Mais nous ressortions de notre abri, car les gouttes se plaisent aux feuillages, et la terre était déjà presque séchée que plus d’une s’attardait à jouer sur les nervures d’une feuille, et suspendue à la pointe, reposée, brillant au soleil, tout d’un coup se laissait glisser de toute la hauteur de la branche et nous tombait sur le nez.

Du côté de chez Swann, Marcel Proust 1913, Humanis Edition, Loc 2937.

Since the walk along the Méséglise way was the shorter of the two that we took out of Combray and since, because of that, we saved it for uncertain weather, the climate along the Méséglise way was quite rainy and we would never lose sight of the edge of the Roussainville woods, in the thickness of which we could take cover.

Often the sun would hide behind a storm cloud, distorting its oval, yellowing the edges of the cloud. The brilliance, though not the brightness, would be withdrawn from the countryside, where all life seemed suspended, while the little village of Roussainville sculpted its white rooflines in relief upon the sky with an unbearable precision and finish. Nudged by a gust of wind, a crow flew up and dropped down again in the distance, and, against the whitening sky, the distant parts of the woods appeared bluer, as though painted in one of those monochromes that decorate the pier glasses of old houses.

But at other times the rain with which we had been threatened by the little hooded monk in the optician’s window would begin to fall; the drops of water, like migrating birds which take flight all at the same time, would descend in close ranks from the sky. They do not separate at all, they do not wander away during their rapid course, but each one keeps to its place, drawing along the one that comes after it, and the sky is more darkened by them than when the swallows leave. We would take refuge in the woods. When their flight seemed to be over, a few of them, feebler, slower, would still be arriving. But we would come back out of our shelter, because raindrops delight in leafy branches, and, when the earth was already nearly dry again, more than one would still linger to play on the ribs of a leaf and, hanging from the tip, tranquil and sparkling in the sun, would suddenly let go, slip off, and drop from the entire height of the branch onto one’s nose.

Swann's Way, Marcel Proust 1913; translated by Lydia Davis 2002, P. 167.